Orwell

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Aujourd’hui, on assiste à l’émergence de jeux « qui font réfléchir » comme les appellent les gens cultivés, on passe donc de soft comme Papers Please à That Dragon, Cancer. Avec Orwell, on aborde le sujet ô combien joyeux et guilleret de la surveillance de(s) masse(s). Ça tombe bien, je pourrais m’entraîner avant de postuler à la DCRI.

 

War is peace

Le jeu nous met directement en situation : nous sommes une personne venant d’être recrutée pour tester la version finale d’Orwell. Orwell, c’est un petit peu le rêve humide de la NSA, de la DST et de Trump, grosso modo. Il permet d’accéder à n’importe quelle information présente sur internet. Pour ce faire et que les droits des citoyens soient respectés (ha ha), une chaîne de commandement est en place. Vous êtes le premier maillon, celui qui sélectionne et fait remonter les informations pertinentes à Symes, le référent, qui les transmet ensuite aux autorités.

Ça tombe bien, parce qu’un attentat vient de se produire Place de la Liberté, l’occasion d’éprouver Orwell afin d’empêcher une nouvelle bombe d’exploser. L’interface du jeu se confond ainsi avec votre écran d’ordinateur, un peu à la manière de Her Story. Il faut recouper les informations, les faire remonter à Symes qui prend ensuite les mesures adéquates en fonction des données reçues.

 

Freedom is slavery

La magie d’Orwell (le système) c’est d’agréger toutes les informations qu’on lui rapporte pour se faire une idée de la personne à qui on a affaire. D’autant plus que les principaux suspects sont des « freedom warriors » (ou combattants de la liberté mais ça fait moins classe) ce qui créé dès le départ une tension. Ce groupe, qui ne cesse de prévenir les gens que l’État est trop intrusif, parle directement au joueur qui est en train de scruter leurs vies à la loupe. Cette impression d’espionner réellement des personnes se fait assez rapidement sentir car l’écriture (totalement en anglais pour le moment) est impeccable. Fautes d’orthographe quand les personnages sont stressés ou écriture SMS (just 4 u). Il en ressort une vraie impression de vie chez les personnages.

Car si, au départ, on se contente de faire remonter des informations publiques (articles de journaux, post sur Timeline, l’équivalent de Facebook), on se retrouve rapidement les mains dans quelque chose de beaucoup plus sale comme des comptes en banque (ce qui permet de voir que "tiens donc, cette personne possède des assurances-vie") ou un accès direct à leur ordinateur via une sorte de cheval de Troie. Survient alors le moment où l’on se demande « mais merde, qu’est ce que je fous ici à fouiner dans le portable de bidule » avant de se ressaisir « c’est un mal nécessaire, il faut que j’empêche d’autres attentats de se produire ».

 

Ignorance is strength

C’est ce type de tension que va créer Orwell (le jeu) chez le joueur : où placer le curseur entre protection des gens et protection de la vie privée ? Question d’autant plus pertinente de nos jours après les attentats et la mise en place de l’état d’urgence. Mais loin de donner un jugement moral, le jeu souligne simplement que la question doit être posée et débattue.

Pour finir, Orwell n’est pas parfait, on pourrait lui reprocher un dirigisme qui se voit parfois : pour aller plus loin, il faut débloquer certains éléments. Néanmoins, on peut pardonner ce genre d’écueil à Osmotic Studios, un studio d’Hambourg qui a pondu le jeu avec trois personnes à la barre. Enfin, sans dévoiler la fin, celle-ci reste assez ouverte pour avoir une opinion plutôt positive (comme moi) ou pessimiste (comme celle de Kim, dans son avis en anglais).

 

Verdict :

Orwell, en plus d’être un auteur génial est maintenant un jeu que l’on ne peut que recommander. Avec son écriture aux petit oignons et la tension qui s’en dégage, il ne laissera personne indifférent. Par analogie (comme j’aime le faire dans les conclusions), on pourrait dire qu’Orwell est un épisode de Black Mirror vidéoludique : allez-y, c’est tout bon !

9/10
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