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Rogue Trooper Redux

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Qu’est-ce qui peut pousser un éditeur à rééditer une version HD d’un titre ? L’engouement du public qui réclame à cor et à cri de pouvoir y jouer sur de nouvelles plateformes (Coucou Final Fantasy X HD)? La volonté de se faire un peu d’argent facile en reprenant un jeu déjà existant pour y lisser quelques textures (Hello PaRappa the Rapper : Remastered) ? Probablement un peu des deux mais dans ce cas-là pourquoi Rebellion, aidé de TickTock Games, a-t-il décidé que faire une version HD (ou redux, ça fait plus classe, c’est du latin) de Rogue Trooper serait une bonne idée ? Tant de questions et si peu de réponses (ou pas).

 

Le bug de l’an 2000 AD

Rogue Trooper Redux est donc le portage sur les plateformes modernes de … Rogue Trooper. Un jeu qui vous interpelle probablement puisque les milliards de fanatiques qui réclamaient sa sortie n’ont pas u vous échapper. Pardon ? Vous n’avez rien entendu ni sur la toile, ni dans votre TV, ni dans votre jardin ? C’est normal, puisque Rogue Trooper premier du nom est sorti dans une indifférence polie en France sur PlayStation 2, Xbox, PC et Wii. Alors, pourquoi diable le ressortir. Il semblerait en fait que le studio perçoive le jeu comme un pionnier du « tactical shooter » et qu’il ait reçu des critiques plus positives dans le monde anglo-saxon, ce qui semblerait donc justifier cette réédition.

Le jeu est tiré d’une licence de la maison d’édition anglaise 2000 AD qui édite principalement des comics de science-fiction depuis les années 70. Elle peut se targuer d’avoir créé de nombreuses séries à succès (les plus connues étant Judge Dredd ou Strontium Dog) et d’avoir produit en son sein de nombreux grands noms de la bande-dessinée comme Alan Moore, Pat Mills ou Dave Gibbons. Le jeu est donc tiré de la licence Rogue Trooper qui, avouons-le, n’est pas la plus connue de 2000 AD tout en en reprenant les grandes lignes.

 

Danse avec les Schtroumpfs

Disons-le tout de suite, l’histoire n’est pas d’une folle originalité. Le monde de Nu Earth est ravagé par une guerre entre humains avec, d’un côté, les sudistes et, de l’autre, les nordistes. Le joueur incarne Rogue, un GI (Genetic Infantryman) qui va perdre tous les autres GI durant une embuscade nordiste. Il s’avére que le ver est dans le fruit puisque quelqu’un a vendu les positions sudistes au Nord. Rogue, à qui on ne la fait pas, va traverser la moitié de la planète pour trouver cet individu et lui administrer une bonne vengeance taille 44.

Il est un peu dommage d’avoir trouvé le moyen de réduire l’histoire de base à une bête course poursuite mais passons. Les retournements de situation se voient venir à des kilomètres (l’embuscade du début, le fait que le méchant s’appelle le Général Renégat (ça doit être son nom vu qu’il y a une majuscule …) : tout sent le déjà-vu. Nul doute que le comics soit meilleur mais ici l’histoire n’est finalement qu’un prétexte pour le gameplay.

 

Back to the PS2

Oui, me direz-vous, parfois l’histoire n’est qu’accessoire et le cœur du jeu se trouve dans le gameplay. Certes, alors regardons celui de Rogue Trooper dans ce cas-là. Le jeu se présente, nous l’avons vu, comme un «  tactical shooter ». Dans la pratique, c’est un TPS vaguement tactique. Le gameplay n’est pas mauvais en soi et offre de nombreuses variétés dans la manière de jouer. Les armes sont, elles aussi, variées et la gestion des munitions est intéressante. Non, dans l’absolu, Rogue Trooper Redux n’est pas un mauvais jeu. Son seul problème est qu’il est … disons, daté. C’est fou, on a l’impression de se retrouver devant un jeu de 2006 … attendez un peu … mais oui, c’est bel et bien un jeu de 2006 ! Autant vous dire qu'on le ressent fortement.

Le système de couverture est pénible (pour rester poli) et rappelle à quel point les jeux ont évolués depuis dix ans. Rogue se colle quand on se trouve en face d’une paroi et il faut aller dans la direction opposée avec le stick pour sortir et tout ça est d’un pénible... Le tout est renforcé par le fait que la couverture est indispensable pour éviter de perdre trop de vie. Elle se révèle, en plus, ultra permissive puisqu’on peut viser tous les ennemis (dont les têtes dépassent toujours de leurs couvertures, c’est bien pratique) sans que ceux-ci nous voient. On enchaîne ensuite couloirs sur couloirs, allant d’un évènement scripté à un autre sans grande motivation. La grande variété des armes disponibles n’y fait rien et on a tôt fait de se mettre en couverture pour sniper tout le monde avant de reprendre notre route et ce pour les six heures que dure l’aventure.

 

Rebellion se rebelle

Tout ceci contribue au fait que personne ne comprend pourquoi ressortir Rogue Trooper aujourd’hui (ni même dans le futur). Le jeu était déjà moyen à sa sortie et le fait de lisser les textures pour le rendre presque agréable ou assurer une technique qui tient la route derrière (aucune chute de frame rate et un joli 60FPS/1080P constants) n’y changeront rien. Pourtant, on sent clairement l’attachement de Rebellion derrière l’univers de 2000 AD, notamment avec le dictionnaire de Nu Earth qui permet de connaître le monde et l’univers plus en détails avec certaines planches du comics original dedans.

Mon hypothèse (on dévie un peu du sujet mais pas trop) est que Rebellion étant un studio anglais (basé à Oxford), tout ce qui vient de 2000 AD tient une place particulière pour eux puisqu’ils ont grandi avec ces comics. Mais alors pourquoi cette licence et pas une plus connue comme Judge Dredd ? Parce que c’est celle qui a eut le plus de résonance (même relative) dans le monde vidéoludique. Une question de droits plus difficiles à obtenir, peut-être, dommage. En tout cas, ce n’est pas en rajoutant des fonctionnalités comme du multijoueur en ligne qu’un jeu moyen peut devenir un nouveau hit.

 

Verdict :

Difficile de vous conseiller d’y jouer : Rogue Trooper Redux reste terriblement daté dans ses mécaniques. Néanmoins, le jeu n’est pas en soi mauvais : il aurait probablement eut une meilleure note si nous l’avions testé lors de sa sortie en 2006, cette version Redux n'apporte pas assez pour infléchir notre ressenti. Trop poussif pour réellement prendre du plaisir et plombé par une histoire pas folichonne, le jeu m’a laissé complètement indifférent. 

5/10
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