[TEST] Tormented Souls 2 : Le cauchemar classique qui assume ses angles morts
Tormented Souls 2 revient marcher sur les plates-bandes des Resident Evil et Silent Hill de la grande époque avec une confiance assez désarmante : caméras fixes, couloirs étroits, puzzles cryptiques, gestion de la lumière et des munitions, tout y est. Caroline Walker repart pour une virée au cœur de l’horreur, cette fois entre couvent maudit, usine de traitement bien crade et “autre côté” façon monde miroir, avec une esthétique plus ambitieuse grâce à l’Unreal Engine 5. Le résultat : un survival-horror ultra assumé, très généreux en ambiance et en level design, mais qui ne cherche jamais à lisser ses rugosités, quitte à fâcher autant qu’il fascine.
Gameplay : du vrai survival-horror, lourd, précis, parfois rageant
Tormented Souls 2 ne cherche pas à moderniser la formule à tout prix : Caroline se déplace dans des environnements à caméras fixes, avec un personnage volontairement “lourd”, et une gestion stricte de la lumière et des ressources. On alterne entre arme dégainée (visée lente, déplacement réduit) et briquet allumé pour ne pas se faire avaler par l’obscurité, la pénombre étant ici un vrai danger mortel, pas juste un effet de style. Le bestiaire grotesque te tombe dessus dans des couloirs étroits, et la moindre erreur de placement se paye cher, surtout avant de maîtriser le timing de l’esquive, extrêmement strict mais vital une fois apprivoisé.
L’arsenal reste “survival” : le fameux nail gun, quelques armes supplémentaires, un marteau plus utile pour casser des objets que pour se battre, et de rares munitions qu’il faut économiser en finissant parfois les ennemis au corps-à-corps après les avoir sonnés. Le jeu récompense le joueur qui anticipe, apprend les patterns, gère les distances et connaît son environnement, beaucoup plus que celui qui fonce en espérant se rattraper au réflexe. En contrepartie, les affrontements deviennent vite frustrants si tu refuses d’entrer dans le rythme imposé : caméra qui bascule au mauvais moment, esquive ratée pour quelques frames, coup pris dans un angle mort. C’est volontairement sec, presque archaïque par moments, mais cohérent avec le trip “survival old-school” revendiqué.
Puzzles, structure et “autre côté” : l’hommage assumé à l’ésotérique
Le jeu reprend l’idée d’un monde miroir où les actions dans une réalité impactent l’autre, offrant certaines des meilleures énigmes du jeu. On jongle entre les deux plans, on manipule des objets dans un univers pour débloquer un mécanisme dans l’autre, et certains puzzles jouent très bien sur la symétrie, l’illusion et la mémoire visuelle. Les énigmes, globalement, sont exigeantes, parfois franchement obscures, avec beaucoup d’indices cachés dans des détails du décor, des textes sybillins ou des objets à manipuler sous un angle précis. Louper un petit élément interactif peut bloquer pendant un moment, avec ce mélange d’agacement et de satisfaction quand enfin on “voit” ce qu’on avait sous le nez.
Ce choix de puzzles très ésotériques s’intègre dans une structure de level design qui mise à fond sur le backtracking intelligent : portes qui se déverrouillent pour créer des boucles, raccourcis bien pensés, zones qui se réinventent à mesure que l’on progresse et que l’on récupère de nouveaux objets. On passe souvent plusieurs fois par les mêmes lieux, mais avec un regard différent, une nouvelle menace, ou un puzzle qui vient de se déverrouiller. Quand tout s’emboîte, c’est brillant et très satisfaisant pour qui aime la logique tordue des survivals de la vieille école. Quand un indice rate sa cible, en revanche, la frontière entre “exigeant” et “abusivement opaque” devient très fine, et on peut vite décrocher si on n’accepte pas de tâtonner longtemps.
Ambiance, univers et narration : couvent, usine et cauchemar symboliste
Là où Tormented Souls 2 frappe très fort, c’est dans sa capacité à composer des lieux et des tableaux qui restent en tête. Entre couvent gothique, usine de traitement étouffante et recoins du “monde de l’autre côté”, chaque zone a une personnalité visuelle travaillée, avec une gestion de la lumière qui donne au noir une présence quasi physique. Rester trop longtemps dans l’obscurité fait paniquer Caroline, puis la tue, ce qui renforce cette sensation que les ténèbres sont un personnage à part entière, pas juste un fond noir. Les créatures, elles, sont tout sauf subtiles : organiques, déformées, souvent vulgairement agressives, mais parfaitement en phase avec le ton viscéral du jeu.
La narration joue sur plusieurs tableaux : notes à découvrir, symboles religieux tordus, trauma familial et menace mystique, pour une histoire qui reste volontairement over-the-top, mais finit par se tenir une fois les pièces du puzzle rassemblées. Le ton est série B mais assumé, avec ce côté “roman d’horreur de gare” qui sied bien à la progression : ce n’est pas l’écriture qui porte l’ensemble, mais bien la mise en scène, les lieux et la manière dont le jeu utilise ses plans fixes pour cadrer un couloir, insister sur un détail ou cacher une menace dans un coin de l’écran. On sent que le studio a compris comment faire monter l’angoisse avec peu de moyens, en jouant autant sur ce qu’on voit que sur ce qu’on croit voir.
Technique, options de contrôle et finition : hommage rétro, compromis modernes
Tormented Souls 2 tourne sur Unreal Engine 5, et le gain visuel est net par rapport au premier épisode : textures plus fines, éclairages plus riches, profondeur de champ plus travaillée, environnements plus détaillés. Le jeu reste modeste en termes de budget, mais exploite bien ses atouts : les plans fixes permettent de concentrer l’effort graphique là où c’est utile, et certains cadrages sont vraiment impressionnants compte tenu de la taille du projet. Techniquement, la version PC s’en sort bien, avec des performances solides et peu de bugs majeurs rapportés, même si quelques accrocs de caméra ou collisions bizarres peuvent survenir dans des zones très chargées.
Côté prise en main, le jeu laisse le choix entre contrôles “tank” classiques et schémas plus modernes, tout en assumant que la combinaison caméras fixes / espaces étroits rend de toute façon les déplacements un peu raides. La roulade/esquive est utile mais exigeante, le rythme des tirs impose de ne pas paniquer, et l’input lag perçu dépend beaucoup de ta tolérance aux jeux qui ne répondent pas comme un action moderne ultra fluide. C’est un compromis : le jeu gagne en cohérence thématique, mais perd un peu en accessibilité. Côté finition, la structure globale est propre, la durée de vie tourne autour d’une quinzaine d’heures pour un premier run, avec un mode plus difficile et des costumes à débloquer pour ceux qui veulent replonger dans le cauchemar.
Verdict 8/10
Tormented Souls 2 est exactement le genre de suite qu’on attendait pour ce type de projet : plus ample, plus beau, plus maîtrisé, mais sans renier son amour presque obtus pour le survival-horror à l’ancienne. Quand le level design, les puzzles et la mise en scène travaillent de concert, le jeu livre des séquences de tension et d’exploration parmi les plus mémorables du “retour” du genre, avec ce plaisir très particulier de déverrouiller un raccourci ou de résoudre enfin une énigme ésotérique après avoir tourné en rond dix minutes. En face, les mêmes choix assumés peuvent vite braquer : combats parfois injustes, lisibilité relative, exigence parfois confuse dans certains puzzles, inertie des mouvements… Ce n’est pas un jeu qui cherche à mettre à l’aise. Si on vient pour un survival “cinématique” bien fluide et guidé, le risque de déception est grand. Mais si on aime vraiment les survivals old-school, les cartes griffonnées, les allers-retours tendus et les couloirs qu’on traverse en comptant ses balles, Tormented Souls 2 coche toutes les cases et signe une lettre d’amour parfois maladroite mais surtout très sincère au genre.