[TEST] Chronicles of the Wolf, une lettre d’amour à Castlevania, avec ses qualités… et quelques vieilles mauvaises habitudes
Chronicles of the Wolf ne cache jamais ce qu’il veut être : un héritier très assumé des vieux Castlevania, avec ses châteaux lugubres, ses monstres, sa progression en metroidvania et son goût prononcé pour l’action 2D un peu raide, un peu brutale, mais pleine de caractère. Le jeu de Migami Games ne cherche pas à réinventer le genre ; il préfère ressusciter une certaine sensation, celle d’une aventure gothique exigeante, dense et légèrement rugueuse, capable de séduire immédiatement les amateurs du registre.
Du vrai rétro dans les bottes, pour le meilleur et pour le pire
Le cœur de Chronicles of the Wolf repose sur une formule très familière : exploration d’un monde interconnecté, nouvelles capacités pour ouvrir des zones jusque-là inaccessibles, montée en puissance progressive et affrontements réguliers contre une galerie de monstres franchement bien sentie. Mateo Lombardo dispose d’un arsenal varié, avec armes de mêlée, armes à distance, sous-armes, attaques chargées et aides spéciales qui finissent par enrichir sérieusement les possibilités d’approche. La progression fonctionne bien, car chaque nouvelle compétence donne l’impression de débloquer quelque chose de concret, et le jeu sait entretenir cette envie d’aller voir ce qui se cache derrière une porte fermée ou un passage jusque-là hors d’atteinte.
Mais cette fidélité au vieux Castlevania a aussi un prix. Les déplacements peuvent paraître un peu rigides, le feeling général manque parfois de fluidité, et certains joueurs plus habitués aux metroidvanias modernes risquent de trouver l’ensemble un peu sec ou daté dans ses sensations. Le jeu peut aussi donner l’impression d’être punitif de manière un peu artificielle, notamment quand une chute, un contact mal compris ou un piège sournois coûte une grosse portion de progression. Ce n’est pas un jeu fondamentalement injuste, mais il lui arrive clairement de confondre exigence rétro et vieux réflexes agaçants. Autrement dit, si tu cherches du confort moderne, tu risques de grincer des dents plus d’une fois.
Un bon metroidvania, parfois freiné par son balisage
L’exploration est sans doute l’un des points les plus solides du jeu. Le monde est suffisamment vaste, les secrets sont nombreux, les fins multiples donnent un peu de profondeur à la progression, et l’ensemble entretient bien cette sensation de traverser un grand territoire gothique rempli de détours, d’embranchements et de petites récompenses cachées. On sent une vraie passion pour le genre, et surtout une compréhension claire de ce qui rend l’exploration plaisante dans un bon metroidvania : le sentiment d’avancer, puis de revenir plus tard avec un outil qui change la lecture d’un lieu déjà croisé.
Là où le bât blesse un peu, c’est dans tout ce qui encadre cette progression. Plusieurs retours insistent sur le manque de points de sauvegarde, sur une lisibilité parfois discutable, et sur certains éléments de level design ou de signalétique qui peuvent rendre la progression inutilement laborieuse. Ce n’est pas tant la difficulté brute qui pose problème que la manière dont le jeu distribue parfois l’information. Quand on meurt ou qu’on perd du temps, on n’a pas toujours la sensation d’avoir été battu par un système brillant ; parfois, on a juste l’impression que le jeu aurait pu être un peu plus clair ou un peu moins pingre avec le confort de base. Et ça, sur la durée, finit par peser.
Ambiance et identité : là, le jeu fait vraiment mouche
S’il y a un domaine où Chronicles of the Wolf convainc presque immédiatement, c’est dans son ambiance. Le cadre inspiré de la Bête du Gévaudan, les villages et châteaux délabrés, les créatures grotesques et le ton global très gothique donnent au jeu une vraie personnalité. Il ne copie pas seulement Castlevania en surface ; il en récupère aussi l’odeur, la texture, ce mélange de mélancolie, de danger et de folklore horrifique qui fait tout le charme du registre. L’univers a du poids, du style, et suffisamment d’identité pour ne pas donner l’impression d’un simple clone fainéant.
La bande-son aide énormément, elle aussi. Plusieurs critiques soulignent la qualité de la musique, au point d’en faire l’un des grands points forts du jeu, même si certains trouvent l’ensemble parfois un peu étrange dans son registre plus électronique. Dans tous les cas, il y a un vrai soin apporté à l’enrobage, et cela suffit souvent à faire passer les moments plus rugueux du gameplay. Chronicles of the Wolf n’est peut-être pas toujours élégant dans ses systèmes, mais il sait parfaitement installer une atmosphère. Et dans un jeu de ce genre, ça compte énormément.
Équilibre général : un très bon hommage, pas encore un grand classique
Le vrai résumé du jeu tient probablement là : c’est un titre passionné, souvent très plaisant, mais qui reste bloqué par quelques scories de design un peu trop visibles. On sent à chaque instant qu’il a été conçu par des gens qui aiment profondément Castlevania, et cela transparaît dans l’exploration, dans les ennemis, dans la structure et dans l’allure générale de l’aventure. Le problème, c’est qu’aimer une formule ancienne ne veut pas forcément dire qu’il faut en conserver tous les réflexes les plus raides. Chronicles of the Wolf réussit beaucoup de choses, mais il aurait gagné à polir davantage ce qui relève du confort et de la lisibilité.
En même temps, c’est aussi ce qui lui donne une partie de son charme. Le jeu n’est pas lisse, il n’est pas calibré pour plaire à tout le monde, et il ne cherche pas particulièrement à masquer ses angles. Pour certains, ce sera une preuve de sincérité. Pour d’autres, ce sera un signe qu’il lui manque encore un petit cran de maîtrise pour rejoindre les meilleurs metroidvanias du moment. Dans les deux cas, il reste suffisamment solide pour mériter l’attention de tous ceux qui ont un faible pour les aventures 2D gothiques à l’ancienne.
Verdict
Chronicles of the Wolf est un très bon metroidvania rétro, porté par une ambiance gothique réussie, une progression satisfaisante et une vraie compréhension de ce qui faisait le sel des vieux Castlevania. Il a du caractère, du style, une bonne exploration et suffisamment de contenu pour donner envie d’aller jusqu’au bout, voire d’y revenir pour ses différentes fins. En revanche, il traîne aussi quelques défauts trop visibles pour être ignorés : rigidité du mouvement, points de sauvegarde trop espacés, lisibilité imparfaite et quelques choix de design qui peuvent donner une impression de difficulté un peu “cheap”. Cela ne l’empêche pas d’être une belle réussite dans son registre, mais plutôt une belle réussite avec des crocs encore un peu mal limés.