[TEST] Mafia : The Old Country, le crime prend racine
La saga Mafia a toujours eu un rapport particulier avec le temps et l’Histoire. Après nous avoir fait voyager dans les États-Unis des années 1930, puis dans les décennies suivantes avec des protagonistes mémorables, elle choisit cette fois de remonter aux origines, bien avant les exploits de Tommy Angelo ou Lincoln Clay. Mafia : The Old Country nous entraîne dans la Sicile du début du XXe siècle, terre de contrastes et de tensions, où naissent les premiers codes d’honneur et les règles sanglantes de la Cosa Nostra. Développé par Hangar 13, ce préquel n’a pas pour ambition de réinventer la formule, mais bien de replonger dans les racines de la légende. Et si son gameplay reste fidèle à l’ADN de la série, son ambiance, son univers et sa narration donnent une nouvelle ampleur à la franchise.
Une Sicile magnifiée comme rarement dans le jeu vidéo
L’un des atouts les plus frappants de Mafia : The Old Country est sans doute son cadre. La Sicile, rarement représentée dans le jeu vidéo avec une telle minutie, se déploie sous les yeux du joueur avec une richesse de détails saisissante. Les développeurs ont choisi de recréer des villages perchés à flanc de montagne, des champs arides baignés de soleil et des villes portuaires grouillantes d’activité. L’impression d’authenticité est renforcée par la variété des environnements : un instant vous déambulez dans les ruelles étroites de San Celeste, le suivant vous traversez des campagnes écrasées de chaleur où résonne le bruit des cigales.
Le soin apporté à la direction artistique mérite d’être souligné. Chaque pierre, chaque façade décrépite raconte une histoire, et la gestion de la lumière sublime les contrastes méditerranéens. À l’aube, le soleil éclaire les villages dans une teinte orangée, tandis qu’à la nuit tombée, les ruelles plongées dans l’ombre sont propices aux embuscades et aux complots. Le moteur graphique, sans être révolutionnaire, parvient à restituer une atmosphère qui respire la poussière, la sueur et le sang.
Mais ce qui impressionne le plus, ce sont les détails sonores et linguistiques. Les habitants parlent un mélange d’italien et de dialecte sicilien, doublé avec une authenticité rare, donnant l’impression de se fondre dans une époque révolue. Les cris des marchands, les chants religieux lors des processions et les coups de cloche résonnant dans les villages créent une ambiance sonore qui ne laisse aucune place au hasard. Plus qu’un décor, la Sicile devient un personnage à part entière de l’expérience.
Un récit dense, sombre et resserré
L’histoire de Mafia : The Old Country se concentre sur Enzo Favara, jeune homme issu d’un milieu modeste, qui tente de s’extraire de la misère en embrassant les codes de l’honneur… et de la violence. Contrairement aux épisodes précédents qui proposaient des récits épiques s’étalant sur de longues périodes, ce nouvel opus choisit la voie de la concision. L’intrigue se déroule sur quelques années seulement, mais elle met en scène une montée en puissance progressive, rythmée par des trahisons, des alliances et des sacrifices.
Ce choix narratif donne une intensité rare au scénario. Chaque chapitre est lourd de conséquences, et les décisions d’Enzo résonnent immédiatement sur son entourage. La linéarité de l’intrigue, parfois critiquée pour son manque de liberté, se transforme ici en force : elle permet aux auteurs de garder le joueur sous tension constante, comme dans un film de gangsters où chaque scène compte.
La durée de vie du jeu tourne autour de quinze heures pour l’histoire principale. Certains regretteront une certaine brièveté, mais cette relative concision évite les longueurs et renforce la densité dramatique. À l’image d’un récit mafieux classique, on sort de l’aventure avec la sensation d’avoir vécu une histoire intense, marquée par des dilemmes moraux et des destins brisés.
Gameplay : entre tradition et efficacité
Le gameplay de Mafia : The Old Country ne bouleverse pas les habitudes des fans. On retrouve des mécaniques d’infiltration, des fusillades nerveuses et des séquences de poursuites qui rappellent la structure classique des précédents épisodes. Pourtant, certains ajustements méritent d’être soulignés.
L’accent mis sur l’infiltration correspond bien au cadre historique. Dans la Sicile des années 1900, les fusils automatiques ne sont pas encore généralisés, et les combats s’appuient davantage sur des armes rudimentaires : couteaux, fusils de chasse, revolvers simples. Cette limitation technologique force le joueur à réfléchir à son approche et donne une saveur différente aux affrontements. Les duels à l’arme blanche, brutaux et rapprochés, contribuent à une mise en scène viscérale de la violence.
Par ailleurs, les développeurs ont intégré de nouvelles mécaniques liées à l’environnement. Il est possible d’utiliser le décor pour tendre des embuscades, attirer l’attention ou se fondre dans la foule. Ces ajouts, bien que subtils, apportent une variété bienvenue aux missions. Cependant, ne nous y trompons pas : Mafia : The Old Country reste avant tout un jeu narratif, où les séquences de gameplay sont pensées pour servir l’histoire plutôt que pour offrir une liberté totale.
Une expérience audio et visuelle cinématographique
La mise en scène de Mafia : The Old Country est un modèle de narration cinématographique. Chaque mission s’ouvre et se clôt par des cinématiques soignées, filmées comme des scènes de cinéma, avec des angles de caméra précis et des dialogues percutants. On retrouve ce sens du détail qui a toujours fait la force de la saga, mais poussé ici à un niveau supérieur.
La bande-son mérite une mention particulière. Les musiques, mêlant instruments traditionnels italiens et compositions orchestrales plus modernes, accompagnent chaque moment clé avec justesse. Les chants religieux, joués lors des processions, renforcent le contraste entre spiritualité et violence, un thème central du jeu.
Le doublage italien est d’une qualité rare : les voix transpirent la fatigue, la colère ou la fierté des personnages. Même si l’on joue avec les sous-titres, entendre les répliques dans leur langue d’origine donne une force émotionnelle indéniable. On en ressort avec l’impression d’avoir assisté à une fresque mafieuse à la fois intime et universelle.
Fidèle à ses racines, mais sans artifices inutiles
Mafia : The Old Country ne prétend pas réinventer le jeu narratif ni révolutionner son gameplay. Ce n’est pas son objectif. À la place, il choisit de rester fidèle à l’ADN de la série, tout en offrant une immersion historique inédite. Pas de quêtes secondaires artificielles, pas d’open world surdimensionné : l’aventure est resserrée, efficace, et pensée comme une expérience complète.
Certains joueurs pourront trouver cette approche trop restrictive, surtout à une époque où de nombreux titres misent sur des mondes ouverts gigantesques. Mais pour ceux qui recherchent une aventure scénarisée, portée par une ambiance forte et une narration maîtrisée, ce préquel apparaît comme un choix audacieux et réussi.
Conclusion :
Avec Mafia : The Old Country, la série revient à ses origines en proposant une plongée dans la Sicile du début du XXe siècle. Graphiquement somptueux, narrativement dense et porté par une ambiance sonore exceptionnelle, le jeu s’impose comme un récit mafieux poignant, fidèle à la tradition de la saga tout en apportant une saveur nouvelle. Ce n’est pas un jeu qui mise sur la démesure ou la liberté totale, mais une expérience concentrée, intense et maîtrisée. Pour les amateurs de récits criminels immersifs, c’est une proposition rare et précieuse.