[Le coup d’œil dans le rétro] Vampire : The Masquerade – Bloodlines

Le coup d’œil dans le rétro revient pour vous parler (après Brütal Legend), de Vampire : The Masquerade – Bloodlines. Régulièrement en promotion et recommandé par le fameux M. Pink, c’est ainsi qu’il a fini par atterrir dans ma bibliothèque GOG, un jour de soldes (ça tombe bien, autant profiter d’une version sans DRM). En prime, comme je ne suis pas bégueule et pour rester dans l’esprit vampire, voici une sélection des meilleurs films de vampires (au fait, ça va divulgâcher sec, soyez prévenu). 

Spermula, certaines femmes vampires ne se nourrissent pas de sang

Le jeu de rôle papier

Vampire: The Masquerade – Bloodlines (qu’on abrégera en Bloodlines parce que même si j’aime beaucoup gratter des caractère en plus, faut pas déconner non plus), c’est quoi ? C’est un RPG du studio Troika Games fondé par d’anciens d’Interplay qui s’inspire du jeu de rôle papier Vampire: The Masquerade. Plutôt bien accueilli, il n’empêchera pourtant pas le studio de fermer une année après sa sortie. Alors, chant du cygne poignant qui mérite d’être redécouvert ?

Avant toute chose, il convient de parler brièvement du jeu de rôle papier qu’est Vampire : The Masquerade pour comprendre l’originalité de l’univers. Le monde de Vampire : The Masquerade a ceci de particulier qu’il fut un des pionniers à proposer une relecture actuelle du mythe du vampire en délaissant l’époque victorienne et en choisissant d’explorer un monde gothique-punk actuel. Le jeu repose ensuite sur plusieurs points-clefs repris aussi dans le jeu et en premier lieu celui de la Mascarade qui donne son sous-titre au jeu. La Mascarade est basé sur le fait que l’existence des vampires ne doit en aucun cas être découverte par les humains, il faut ainsi à tout prix éviter d’être vu en train de pratiquer la magie ou de sucer le sang de quelqu’un en pleine rue. Deux principales factions s’opposent : la Camarilla (qui cherche à conserver la Mascarade) et le sabbat (qui cherche à la renverser).

Blacula, le vampire noir

Le fameux gothique-punk

Dès le départ, le jeu de rôle, publié en 1991, propose donc un univers assez unique, bien qu’il se base sur les livres d’auteurs à succès déjà publié. Il n’est pas fou de penser qu’il a ensuite largement infusé dans ce que l’on appelle le Southern Gothic et des séries comme True Blood qui pousseront la réflexion encore plus loin (cette série part du même postulat de base sauf que les vampires y ont trouvé un substitut au sang et se sont révélés aux humains). C’est donc cet univers si particulier qui est repris dans Bloodlines et qui est assez fidèlement reproduit. Dès le départ, lors de la création de personnage, les différents clans permettent de voir que l’on ne jouera absolument pas de la même manière selon que l’on choisisse l’un ou l’autre.

Les Tremeres, magiciens au regard fourbe

Les aristocrates ne peuvent pas se nourrir de sang « bas de gamme » sous peine de vomir, les Nosferatus sont repoussants et feront peur à tous ceux qu’ils croiseront, etc. J’ai personnellement choisi le clan des magiciens, parce que ce sont des fourbes manipulateurs et que j’adore jouer des fourbes manipulateurs. Le début du jeu pose les bases de l’univers (Mascarade, Camarilla, etc)  et vous lâche ensuite dans le grand bain. On découvre un environnement urbain (Los Angeles) qui se révèle assez tristement vide. C’est un peu dommage et il est vrai que les rues ne font pas forte impression quand on les parcourt. Le level design n’est pas des plus inspirés non plus puisque les rues ont principalement un but utilitaire qui consiste à relier les différents points d’intérêt du jeu sans qu’il y ait une vraie réflexion derrière.

Robo Vampire

Les rues sont biens vides

Si le level design n’est pas le plus attractif qui soit, la direction artistique et le chara-design sont, quant à eux, plutôt réussis. L’environnement urbain, bien que vide, possède quand même une originalité qui lui est propre et les différents immeubles que l’on aperçoit dans la ville ont un certain attrait. Certains lieux ont été créés avec un soin manifeste et le jeu arrive, le temps d’un niveau, à faire oublier que l’on joue à un jeu de 2004 un peu tristounet. Je pense en particulier au niveau de l’hôtel hanté qui n’est pas sans rappeler le Shining de Stanley Kubrick et fout, à certains moments, une vraie frousse en jouant seulement sur son atmosphère.

Chinatown, aussi vide que mon âme

Il faudra ainsi parcourir l’ensemble de l’hôtel et découvrir le fin mot de l’histoire tout en étant accueilli par des objets se déplaçant tout seul et qui vous attaquent sans vergogne. Le tout avec un sound design aux petits oignons puisque l’on entendra régulièrement des voix de femme ou des pleurs tout en parcourant ces environnements glauques à souhait. À lui seul, ce niveau vaut largement le fait de jeter un coup d’œil curieux à Bloodlines. Le jeu n’est néanmoins pas exempt de défauts et se vautre allègrement dans un body horror parfois gratuit (un peu comme Agony). Pour rappel, le body horror est un sous-genre de l’horreur qui s’attarde principalement sur des modifications grotesques et dérangeantes du corps humain (un sous-genre dont l’un des fiers représentant est David Cronenberg).

La comtesse noire

La drague, un moyen sûr d’échanger des fluides corporels (du sang)

Tout ceci est bien beau mais qu’en est-il de l’histoire ? La narration de Bloodlines vaut-elle le détour ? Eh bien, oui et non. Je vois bien que cette réponse de normand ne vous suffit pas, je vais donc vous expliquer pourquoi je suis mitigé. L’histoire tourne principalement autour d’un vieux sarcophage ramené d’un pays lointain et dont la légende dit qu’il renfermerait l’un des vampires primordiaux. Il est aussi dit que ce vampire est un signe annonciateur de la fin des temps. Néanmoins, une autre tradition vampirique affirme aussi qu’il est possible de s’approprier les pouvoirs d’un vampire plus ancien grâce à un rituel.

Le prince, qui veut absolument son sarcophage pour la déco

Vous comprendrez dès lors que plusieurs factions et personnages vont tenter de tirer la couverture à eux selon leur croyances et leur envie plus ou moins grande de pouvoir. On reste donc, dans Bloodlines, dans une intrigue à tiroir aux multiples imbrications politiques : un grand classique de certains RPG. Tout ceci est, en effet, bel et bien présent dans le jeu. On découvre, au fur et à mesure, qui tente quoi, les alliances se font et se défont au rythme des décisions du joueur. D’ailleurs, force est de constater qu’il y a une narration par le gameplay assez agréable et rafraîchissante pour un jeu de cette époque.

Dracula, vampire sexuel

La discothèque d’où tout est parti

Cette narration fait qu”il est possible, à plusieurs moments, de résoudre les problèmes auquel on fait face de plusieurs manières. Infiltration ou bourrinage, différentes approches dans les dialogues, etc. Bon, pour le moment, c’est du classique mais ce qui est intéressant c’est que le joueur peut aussi résoudre des missions par ses actions, autrement dit par le gameplay. C’est assez rare et je n’ai pas essayé de tordre toutes les règles de Bloodlines non plus mais un exemple m’a semblé assez marquant pour vous partager mon expérience. Durant une mission, la responsable d’une discothèque locale vous informe qu’elle a des soucis avec la mafia russe (spoiler : ce n’est jamais une bonne idée de faire des affaires avec la mafia russe). Elle vous demande d’aller tuer le parrain local en échange d’un pourcentage sur les revenus de la discothèque. J’accepte et je me mets en route pour trouver ledit parrain. Une fois sur place, je me fraye un chemin à coup de dialogues jusqu’à lui. Après plusieurs tentatives infructueuses, j’arrive à le convaincre de m’accepter dans la mafia et d’aller tuer la responsable de la discothèque. Un fois le dialogue terminé, je me suis demandé s’il était possible de lui sucer le sang jusqu’à ce que mort s’ensuive, ce qui constituerait un meurtre parfaitement silencieux et… ça marche. J’ai ainsi pu repartir sans éveiller le moindre soupçon et mener la mission à bien.

Ici, cette possibilité n’était pas le résultat d’une proposition du jeu mais bien d’un choix conscient du joueur utilisant les mécaniques mis à sa disposition. Je ne suis pas sûr que les développeurs avaient anticipé cette possibilité, ce qui est d’autant plus gratifiant puisqu’il s’agit ici d’un bel exemple de gameplay que d’aucun qualifie “d’émergent”. Il s’agit ici d’exploiter les règles que le jeu donne au joueur pour les tordre et les faire se plier à ce que l’on veut faire. Cette action n’est pas le résultat d’un choix donné au joueur par le jeu mais d’un choix que le joueur « impose » au jeu. En tout cas, cela m’a marqué car je ne m’attendais pas à ce que cela marche et cette sensation de plier les règles fut assez grisante.

Dracula de Dario Argento

Vampires et tentacules, le remake japonais de Dracula ?

Alors, me direz-vous, tout va-t-il bien dans le meilleur des mondes ? Eh bien, non, mon brave ! Car je trouve que la narration finit par s’essouffler au bout d’un moment. Cela est d’autant plus frappant que, vers la deuxième moitié du jeu, celui-ci délaisse la narration pour ne proposer que de l’action ce qui est malheureusement l’un de ses points faibles. C’est d’autant plus frustrant que l’action est imposée au joueur, qui se voit dans l’obligation de participer à des combats, que ce soit avec des armes qui renvoient plus à un FPS ou au corps à corps qui se présente à la troisième personne. C’est fort dommage car les combats sont assez mous et finissent par devenir de véritables tunnels que l’on subit plus qu’autre chose.

Les égouts sont un très mauvais moment à passer

Dans la première moitié du jeu, il y a, certes, des combats mais ceux-ci sont brefs et peuvent parfois être évités (comme avec l’exemple de la mafia) mais dans la seconde moitié, impossible d’y couper et ils deviennent long, mais long… D’autant plus que la magie se vide à une vitesse folle et comme la magie consomme du sang, on utilise deux ou trois sorts et ensuite, place aux armes puisqu’on ne peut pas faire autrement. C’est dommage, surtout quand on joue un magicien. Finalement, on enchaîne des niveaux longs et ennuyeux sans aucune narration, juste pour faire avancer l’histoire. On avance sans aucun plaisir, si ce n’est faire progresser une histoire sur laquelle on finit par ne plus vraiment avoir de prise. On sent presque qu’au milieu de la création du jeu, les développeurs ont eu peur de faire un jeu trop court et l’ont bardé de combats avec pour seul but de ralentir la progression du joueur.

Le Frisson des vampires

Du coup, n’ayant pas l’envie de subir ces combats mais étant tout de même tenté de voir comment le jeu allait se terminer, j’ai activé le mode invincible pour pouvoir avancer sans avoir à subir ces combats inutiles et inintéressants. Oh, ne prenez pas vos grands airs, quand on doit nettoyer un immeuble entier de vampires armés jusqu’aux canines, je préfère autant ne pas me prendre la tête d’autant que ces combats n’apportent rien au jeu. C’est comme cela que j’ai fini Bloodlines : en avançant mécaniquement dans une succession de combats qui s’enchaînent et ne s’arrêtent jamais.

J’ai aussi trouvé la fin en demi-teinte. Elle résout bien l’histoire mais le twist est assez cheap et on finit le jeu en se disant : « tout ça pour ça ». Malgré les différentes fins possibles, aucune ne m’a vraiment satisfait et certains embranchements se révèlent assez difficiles à comprendre et à choisir. Cela laisse un goût d’inachevé. C’est d’autant plus dommage qu’il commence très fort mais ses combats interminables vont sans doute rester en travers de la gorge de beaucoup.

Verdict

Alors, Bloodlines vaut-il le coup ? La première partie est définitivement une réussite et possède plusieurs bonnes idées et une narration qui donne certainement au jeu un certain crédit. Il finit ensuite par s’essouffler et ne proposer que des combats qui sont plus pénibles qu’autre chose. Néanmoins, pour cette première partie, le jeu vaut définitivement le coup d’œil. Régulièrement en solde, vous ne perdrez pas grand-chose à le découvrir.

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