[TEST] Far Cry 6, une révolution qui n’en est pas une

La saga phare d’Ubisoft revient avec un sixième opus sorti le 6 octobre dernier. On parle ici d’un successeur spirituel de Far Cry 3, le meilleur épisode selon les fans, mais est-ce vraiment le cas ? Voici notre test de Far Cry 6.

Comme d’habitude, le géant Ubisoft soigne la campagne marketing pour son FPS solo favori. Des bandes-annonces colorées et chatoyantes sous fond de révolution, l’acteur Giancarlo Esposito en grand méchant, le même qui a malmené Heisenberg dans la série Breaking Bad, des armes complètement improbables et hilarantes. Cela met l’eau à la bouche. Mais, encore une fois, c’est un Far Cry, le sixième d’une saga développée au départ en 2004 par Crytek et éditée par Ubisoft, qui a définitivement récupéré le bébé en 2005. Et, malgré les promesses d’un changement radical par rapport au précédent opus n’ayant pas fait l’unanimité, Far Cry 6 peine à se démarquer et ne révolutionne pas la formule comme il aurait pu l’espérer. Se rapprocher de Far Cry 3 est une chose, mais réussir à le surpasser en est une autre.

Oh bella ciao, hola cliché

L’île de Yara, un ersatz de Cuba, connaît un régime dictatorial mené par le dangereux Antón Castillo. L’homme veut faire de l’île un paradis terrestre et communique auprès du monde et des habitants comme celui qui vaincra le cancer grâce à la production du Viviro, un médicament issu de feuilles de tabac rouge vif. Hélas, les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent. Son exploitation provoque l’esclavagisme parmi les habitants qui doivent se soumettre à un régime totalitaire. C’est là qu’un groupe de résistants sobrement nommé Libertad agit dans l’ombre pour faire revenir la démocratie au pouvoir. Le protagoniste Dani Rojas (homme ou femme selon le choix) rejoint les rangs du groupe après avoir vu mourir ses amis sous ses yeux. S’en suit une histoire de vengeance à travers l’île à la reconquête de la liberté.

Bien que plus prenante que celle du précédent opus, l’histoire de Far Cry 6 possède un schéma déjà vu dans les films, jeux vidéo, livres, etc. Un combat manichéen, un méchant charismatique, le rouge (l’armée) contre le bleu (Libertad), et la volonté de renverser le pouvoir d’une société dystopique alors qu’elle prône l’utopie. Cependant, le scénario prend aux tripes de par le développement de Dani, un personnage très attachant et dont on apprécie l’évolution au fil des missions principales comme secondaires, mais aussi grâce à ses PNJ dont on comprend les enjeux. Et surtout grâce à son grand méchant Antón Castillo, sage et sadique, qui parle en citations énigmatiques, ce qui le rend intrigant et dont la relation avec son fils Diego promet des moments d’anthologie. L’histoire participe donc à apprécier Far Cry 6, car le reste ne révolutionne pas le genre.

Chaos, chaos everywhere

C’est un Far Cry. On a donc droit à tout ce qui fait la recette de la saga : un FPS bourrin où ça tire de partout, avec des dizaines d’armes de la plus réaliste à la plus loufoque, des PNJ pour nous aider, des véhicules de tous genres (aérien, terrien, maritime…), et la wingsuit. Sur les consoles next gen, le gameplay est fluide et les vibrations de la DualSense sur PlayStation 5 s’adapte à la situation, on ressent les tirs, les moments en véhicule, les attaques, etc. On retrouve bien l’essence de la saga car le chaos règne en maître et tout est prévu pour faire du jeu un défouloir. Au début, c’est marrant. Mais la répétition des tâches procure rapidement  un sentiment d’ennui en faisant systématiquement les mêmes choses. Cependant, certaines missions (souvent secondaires, voire tertiaires) titillent notre curiosité et deviennent très amusantes : les idoles à retrouver, les fameux combats de coq, la gestion des Bandidos.

Le système de lite RPG avec l’amélioration des compétences, qu’on retrouve dans le cinquième opus ou dans la saga Assassin’s Creed, a laissé sa place à l’amélioration via la customisation de son personnage. Selon l’arsenal ou l’accoutrement, Dani se verra doté de nouvelles compétences comme les dégâts amoindris, la récupération de santé, et bien d’autres fonctionnalités. Bien que moins ergonomique, ce système permet de se crafter un personnage à notre convenance et selon le contexte, même si on perd en réalisme. Pour améliorer ses armes, il faudra passer par un établi, à retrouver un peu partout dans Yara. Dani peut y crafter des améliorations sur chaque équipement (sauf les pièces uniques), histoire que chacun des guns soient totalement différents les uns des autres.

Le Supremo, l’outil du chaos

En parlant d’arme, Ubisoft a voulu accentuer le chaos dans Far Cry 6 grâce à un outil spécial : le Supremo. Il s’agit d’une arme totalement délirante que Dani porte en sac à dos et dont le but est de causer la discorde à Yara. Le Supremo dispose de plusieurs fonctions : lance-roquette,  bombe ULM, propulseur, apporter du soin, etc. Il existe quelques Supremos dans le jeu qu’il faut améliorer avec de l’uranium à looter dans les bases ennemis et qui se rechargent en tuant des ennemis. L’arme apporte une folie appréciable, qui se fond totalement dans l’univers Far Cry. Autre point qui anime ce nouvel opus : les Amigos, des animaux qui nous accompagnent dans nos aventures. Un crocodile, un chien handicapé, une panthère (DLC)… Les Amigos permettent d’appréhender les missions d’une manière bourrine ou discrète.

Une autre fonctionnalité discutable : la vue à la 3ème personne ! Alors qu’en est-il ? Eh bien, elle est seulement mise en application dans les camps de réfugiés de Libertad (les camps principaux et non les avant-postes ou bases ennemies capturées).

La vision se met automatiquement une fois arrivé dans le camp et… n’apporte rien. Pire encore, elle enlève la possibilité de sauter et montre un personnage sans émotion. Et même lorsqu’il discute avec des PNJ, les lèvres ne bougent pas toujours. Pourquoi ne pas avoir permis son utilisation à tout moment à la manière d’un Elder Scrolls ou Fallout ? Et pourquoi ne pas avoir apporté quelques finitions visuelles et des actions contextuelles ? La vue à la 3ème personne donne l’impression d’être une fonctionnalité bâclée et en retard sur son temps.

L’intelligence artificielle porte mal son nom

Far Cry 6 est un jeu magnifique. Les décors sont splendides et colorés, le réalisme est poussé et permet une immersion totale. Les temps de chargement sur consoles next gen sont quasiment inexistants et la fluidité répond présent. En somme, Ubisoft tient ses promesses de blockbuster vidéoludique. Mais, comme à son habitude, la firme française n’a pas travaillé les finitions et on se retrouve avec une IA totalement aux fraises, que ce soit du côté des alliés comme des ennemis. Les PNJ agissent de manière aléatoire, ne suivent pas toujours leur chemin prédéfini, et peuvent provoquer le recommencement d’une mission et engendrer la frustration du joueur. Des années de plainte, des années de retours désastreux de la part des fans, mais toujours aucun changement au niveau du rendu de l’IA. C’est bien dommage pour une licence (ou un groupe) si importante dans le paysage vidéoludique.

Et concernant le Ray Tracing, il est bel et bien inexistant sur console de salon et ça se ressent. Selon Ubisoft, cette fonctionnalité “est réservée à la version PC“. La firme a préféré se focaliser sur la 4K et les 60 FPS sur console au-delà du Ray Tracing. Alors qu’on voit que des jeux comme Ratchet & Clank : Rift Apart, Demon’s Souls ou Control Ultimate Edition utilisent ces fonctionnalités en même temps. Dommage, encore une fois, de ne pas avoir travaillé les versions consoles autant que celle sur PC.

 

Verdict

6/10

La révolution ne porte pas son nom. Far Cry 6 procure des sensations de défouloir, comme à son habitude, et dispose d’une histoire forte avec une évolution palpable et une envie de raconter quelque chose de prenant. Mais, tout cela est gâché par une IA désastreuse, des missions déjà vues des centaines de fois, des idées à demi développées et du gameplay sans innovation. Une impression de travail bâclé malgré ses promesses, on pouvait s’y attendre et c’est dommage. Cependant, les DLC promettent d’agrémenter la vue à la 3ème personne et d’incarner les charismatiques vilains des précédents opus : Vaas, Pagan et Joseph Seed.

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