[TEST] Road 96, un voyage initiatique pour la liberté

Le jeu indé de l’été ? Le jeu narratif à la première personne Road 96, développé par le français Digixart, est sorti le 16 août dernier sur PC et Nintendo Switch. Prêt à découvrir les routes arides d’un état totalitaire ? Voici notre test.

 

1984, Fahrenheit 451, V pour Vendetta… Des titres bien connus des adorateurs de pop culture, et si je vous disais qu’ils ont un rapport étroit avec Road 96, le nouveau jeu indé du studio Digixart ? L’histoire se déroule dans l’état totalitaire Petria, un ersatz des États-Unis, où règne le tyrannique Tyrak (un nom évocateur, n’est-il pas) qui gouverne via une tonne de propagande et des sursauts de violence intense. Le but du jeu est de fuir ce pays à la veille d’une élection qui pourrait tout changer.

Le studio Digixart, basé à Montpellier, a frappé fort avec Road 96, développé sous le moteur Unity, qui brille par une narration touffue et cohérente. Le character et game design, tous deux  assez simples, rappellent le génial Life is Strange du studio parisien Dontnod : des personnages aussi attachants qu’irritants, des paysages grandioses et cohérents et des moments prenants qui font écho aux meilleurs road movies façon Into The Wild de Sean Penn. Road 96 est un voyage initiatique et salvateur qu’il est temps de raconter.

On the road again

Petria, 1996. Le terrible Tyrak gouverne le pays au bord de la crise. À quelques mois des élections opposant le totalitaire Tyrak à la « démocrate » Florres, de nombreuses disparitions et fugues d’adolescents sont fortement remarquées. Il faut dire que ces derniers, considérés comme dangereux de par leurs idéaux, peuvent être envoyés « au trou » pour éviter qu’ils ne votent à la prochaine élection du 9 septembre. C’est pourquoi ils fuient pour rejoindre la frontière située sur la fameuse Route 96. Longue sera cette route pour ces jeunes, qui rencontreront amis et ennemis pour rejoindre la frontière et goûter à la véritable liberté.

« And I would walk 500 miles… »

Comme vous pouvez l’imaginer, on incarne ces adolescents. On les fait vivre leurs aventures mais tout en restant maître de leurs choix. Car oui, Road 96 est un road-trip vidéoludique à choix multiples à la sauce d’un jeu Telltale ou de Life is Strange, avec des choix qui peuvent changer le bon déroulement du voyage des personnages jouables. Le gameplay est simpliste : un jeu à la première personne où on interagit la plupart du temps avec des boîtes de dialogue, qui sont toujours très bien implémentées et invitent à l’immersion et à toujours garder un oeil sur l’action. Souvent, le jeu surprend en proposant des phases de gameplay originales : jouer du trombone, des moments façon Hugo Délire, des moments shooter, etc. De plus, le personnage possède de la « vie » mais sous une forme de barre de repos ou d’endurance, qu’on remplit en mangeant, buvant ou dormant. Une barre qui peut paraître anecdotique mais qu’il faudra toujours surveiller car certaines actions requièrent l’aide de cette fameuse barre.

Stand by me

Ils sont le coeur du jeu. Les personnages qu’on rencontre tout au long du périple peuvent à la fois nous faire avancer, mais aussi nous faire reculer, voire pire. Chacun a son propre caractère : Zoe la rebelle, Alex le geek, John le gros nounours, Fanny la policière maman poule, Jarod le psychopathe, Stan & Mitch les idiots et Sonya la présentatrice TV corrompue. La narration se forme surtout autour de ces personnes, parce que chaque autostoppeur ou fugueur rencontrera la plupart d’entre eux et selon les interactions, l’histoire entière changera (surtout le fil rouge : la date butoir du 9 septembre pour l’élection). L’influence des PNJ est donc palpable et ils peuvent tout chambouler. Ils sont le véritable pilier du jeu, et, même si certains peuvent être exaspérants ou glauques, on s’y attache et on a envie de les voir réussir.

La musique est aussi un outil narratif très bien travaillé. Avec des artistes comme The Toxic Avenger ou Cocoon, les morceaux sont autant intra qu’extradiégétiques et servent le thème car ils parlent de voyage, de roadtrip et de liberté. À travers le jeu, on découvre des cassettes qu’on peut écouter pendant les trajets, seuls ou accompagnés, des moments qui invitent à l’évasion dans les décors étendus de Petria.

Verdict

8/10

Road 96 est un joli moment narratif, fort et poignant qui met l’envie de liberté au premier plan. Le système de choix est bien échafaudé, les personnages sont bien écrits, les graphismes, bien qu’un peu simpliste et très ressemblant à Life is Strange, sont jolis et les décors restent dépaysants. Il pourrait bien être le jeu indé de cet été, bien plus marquant que Twelve Minutes d’Annapurna Interactive sorti au même moment.

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