[TEST] Yakuza 6, du grand guignol ? Nô, du Kabuki !

Décidément, avec toutes ces suites qui sortent et que je teste, j’ai l’impression de rattraper mon retard vitesse grand V. Entre la suite de Ni no Kuni et celle d’Injustice, j’ai pu découvrir certaines séries à côté desquelles j’étais passé. On va poursuivre dans cette voie puisque aujourd’hui, je vais vous parler du sixième opus de la série Yakuza, le bien-nommé Yakuza 6.

Le haras qui rit

Alors Yakuza, c’est quoi ? C’est l’une des séries les plus populaires de SEGA. Yakuza 6, sous-titré The Song of Life, poursuit la grande histoire développée dans les épisodes précédents. Un résumé de ces épisodes est d’ailleurs disponible pour ceux qui commenceraient par cet opus et voudraient rattraper leur retard. Le jeu est développé par Ryû ga Gotoku Studio, un studio interne à SEGA, et nous met dans la peau de Kiryu, ancien Yakuza (et même ancien grand chef d’un des clans les plus importants de Tokyo) sortant de prison et essayanrt de reprendre une vie normale.

Sans trop dévoiler l’histoire, notre héros va partir à la recherche de quelqu’un, ce qui l’obligera à bouger entre Kamurocho (le quartier chaud inspiré de Kabukichō, un quartier de Tokyo) et la ville d’Onomichi (cette fois-ci bien réelle) se trouvant dans la préfecture d’Hiroshima. Deux villes et deux ambiances totalement différentes, entre un Kamurocho foisonnant de monde et une Onomichi ressemblant à une carte postale en sépia, le jeu donne à voir et à explorer deux mondes aussi plaisants l’un que l’autre. Le charme désuet d’Onomichi n’est pas sans faire écho à l’histoire même de Yakuza 6 : celle d’un homme qui vit dans l’ombre de son passé et fait tout pour le laisser derrière.

Seppu … comme avant (ou pas)

J’avais déjà entendu parler de la série des Yakuza comme d’une franchise mélangeant allègrement grand guignol et histoire épique. Force est de constater que cet épisode ne déroge pas à la règle : l’histoire et, plus encore, n’importe quel recoin du jeu, pourrait être qualifié « d’épopée guignolesque » tant Yakuza 6 met parfois en scène du grand n’importe quoi. Mais sa grande force est qu’il arrive toujours à trouver le ton juste. C’est un savant mélange de juste ce qu’il faut d’épique et de tragique relevé par une pincée de ce que nos amis de l’autre côté de la Manche qualifient de what the fuck.

Et puis il me faut vous parler de Kiryu, le personnage principal. Ah, Kiryu, j’ai rarement vu un personnage de jeu vidéo ayant autant la classe que lui. Visage fermé et col remonté, tel un fier Eric Cantona des temps modernes, il pète tellement la classe. Il contribue, lui aussi, à créer cette impression grand guignolesque et désuète, lui, le personnage de l’ancien monde (n’y voyez aucune référence macronienne) qui a bien du mal à comprendre les évolutions du monde moderne. Pour lui, chaque problème finit invariablement par se régler à grands coups de tatanes dans la figure et il pourrait reprendre pour lui cet adage d’un philosophe bien connu : « Je met les pieds où je veux […] et c’est surtout dans la gueule ».

Le Mathias, ayant abusé des actions contextuelles, se trouva fort dépourvu quand le boss fut venu.

Les combats constituent une grande partie de l’expérience et sont plutôt réussis. Ils présentent un panel assez varié entre les coups forts, faibles, les chopes et les actions contextuelles. Ah, les actions contextuelles, un grand moment de violence ludique. Et je te défonce contre un mur, et je te fais une prise de catch avec un vélo, et je te transperce avec un tesson de bouteille : du pur bonheur ! Bon, j’ai un peu trop tendance à abuser de ces actions et je me retrouve parfois Gros-Jean comme devant quand je fais face à un boss. Certaines des actions en combat se débloquent grâce à un arbre de compétences par ailleurs assez complet.

Yakuza 6 propose aussi un monde où il y a un million (bon, pas vraiment “un million” mais beaucoup) de choses à faire. Que ce soit aller jouer sur une borne d’arcade, au base-ball ou même gérer une sorte de gang de rue dans des batailles en STR (ne vous inquiétez pas, c’est un gang de gentils, tout va bien), il y en a pour tous les goûts même si on a parfois l’impression de crouler sous les choses à faire. Les quêtes annexes sont, elles aussi, bien écrites et restent dans le grand n’importe quoi, la plupart du temps.

Et il est où mon kiki mon Kiryu

C’est, somme toute, une bonne transition pour aborder le principal écueil du titre : il se regarde presque autant qu’il se joue. Dans la plus pure tradition japonaise, il y a beaucoup de texte à lire et de cinématiques à voir. Un peu comme dans Legend of Heroes : Trail of Cold Steel, le jeu suit un schéma bien défini : on va quelque part, on arrive, longue cinématique, combats, cinématique et on recommence. Attention, je ne dis pas que le jeu est mauvais pour autant, simplement qu’il y pratiquement autant de cinématiques que de phases de gameplay, phases qui finissent d’ailleurs par se ressembler plus ou moins.

Le jeu semble d’autant plus laborieux dans la progression que je n’ai pas eu le cœur à passer les cinématiques car elles sont toutes doublées et qu’elles donnent des éléments importants de l’histoire. Certes, on peut les passer mais je trouve dommage de se priver de l’histoire et du travail des doubleurs d’une simple pression de la touche croix alors que le temps passé et l’effort consenti à ce niveau sont considérables. Du coup, le jeu prend beaucoup de temps pour avancer et il faut se prévoir des sessions de jeu assez longues pour pouvoir arriver au bout d’une cinématique et enfin pouvoir sauvegarder.

Yakuza 6, le Dragon Quest XI de SEGA ?

Dernier point, il s’agira plutôt d’un commentaire plus personnel, plus proche de l’analyse. Yakuza 6 me fait un peu penser à Dragon Quest XI. Je sais que les deux jeux ont peu à voir sur la forme et le fond mais il s’en dégage la même chose : ce sentiment d’être devant une image un peu fané. Il se dégage du titre le parfum suranné d’un jeu à l’ancienne, comme cela était expliqué dans le livre de Daniel Andreyev sur Dragon Quest. j’ai l’impression que Yakuza 6 est l’un des derniers représentants d’une façon de faire que l’on ne voit pratiquement plus de nos jours.

Il fait le même effet qu’un bon chocolat chaud un soir d’hiver, il permet de se remémorer des souvenirs. C’est à la fois présent sur la forme (le gameplay) mais aussi dans le propos même du jeu qui ne raconte in fine que ça : l’histoire d’un personnage attaché aux traditions qui a du mal à évoluer dans un monde de plus en plus déroutant pour lui. Cette mise en abyme est particulièrement réussie et constitue une des forces de cet opus. L’histoire en elle-même est déjà intéressante mais cette réflexion qui sous-tend le récit la rend d’autant plus remarquable.

 

Verdict

8/10

Yakuza 6 est un bon jeu. Peut-être pas la porte d’entrée la plus facile mais le joueur n’est jamais vraiment perdu s’il commence avec cet opus. L’histoire est vraiment réussie et le sous-texte absolument passionnant. Il faut néanmoins être conscient que le jeu est un peu archaïque au niveau du gameplay et de sa construction. Mais rien qui empêche de profiter pleinement du titre.

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